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    Drôle de titre pour une drôle de journée. J'ai la gueule de bois en me réveillant : trop d'excès lors de cette soirée. Résultat : je ne suis pas à l'heure chez le garagiste. Tant pis, je n'ai pas le choix. Mes excuses sont maladroites. Le gars me prend tout de même mon tracteur. Parcontre il m'annonce 6h d'attente. Hors de question de rester planter là durant 6h. Il me faut maintenant traverser tout Barcelone en bus. La journée est définitivement foutue. Il est 14h. Le bus passe devant le campus. Pourquoi ne pas manger une salade au Mc Donald situé à l'entrée de l'université ? En cette période de vacances scolaires, il n'y a presque personne dans le restaurant. Assis sur mon tabouret, le regard dans le vide, je me sens totalement à côté de mes baskets. Pas bien, pas vraiment là. Au travers de la vitre, j'aperçois un visage connu. Je pose mon café. Que fait-elle ici ? Elle entre et se dirige directement vers moi. Elle a changé. Sa silhouette est plus fine, ses cheveux plus longs. Elle me sourit en me disant bonjour. Tordus sur mon tabouret, nos corps involontairement se frôlent durant nos bises. Sa peau est douce et contraste avec ma barbe de 4 jours. La sensation, pour elle, doit être moins plaisante. « Tu es revue pour les fêtes ? Cela se passe comment en Italie ? », elle plonge son regard bleu dans le mien « je suis rentrée depuis 1 mois » silence ; surpris, je relance « cela ne se passait pas bien à Milan ? » silence plus long. Son regard change, je devine à la bordure de ses yeux la naissance larmes. Derrière elle, ces collègues l'appellent. Elle s'éloigne vers le comptoir, se retourne « pardonnes-moi, je reviens tout de suite ». Ma main n'a toujours pas lâché la tasse. Je ne la quitte pas du regard. Un petit attroupement s'est formé autour d'elle. Elles discutent, de temps en temps, certaines me regardent. Il se passe quelque dont je ne perçois pas le sens : une équipière qui vient de quitter le groupe, passe à ma hauteur et me sourit tendrement.

    Nous étions tous les deux dans la même école de danse, il y a de cela quelques années. Nous avons partagé des cours de hiphop, de jazz, de contemporain et de chant. Pour le hiphop, cela n'a pas durait très longtemps. Pour le chant, nous faisions en sorte d'être toujours dans le même groupe. La dernière année, nous devions faire un duo pour le spectacle. Cette école réputée met un point d'honneur à produire ses élèves dans une grande salle de spectacle. La préparation nous demandait de travailler ensemble sur un morceau en dehors des heures de cours. Elle avait un copain, moi une copine mais je sentais que je commençais à tomber amoureux d'elle. 15 jours avant le spectacle, je renonçais à chanter, n'arrivant plus à me concentrer sur l'objectif de nos rendez-vous.
    6 mois plus tard, je la croisais, par hasard, dans ce Mc Do, à l'entrée du campus : elle y travaillait pour payer ses études, j'y mangeais 2 fois par semaines, ayant repris une année d'étude. Nous discutions au grès de nos emplois du temps.

    Laura revient vers moi avec de quoi déjeuner sur son plateau. Elle s'assoit à côté de moi. J'essaie de la faire parler, « alors, pourquoi as-tu prématurément quittée Milan ? ». Elle s'applique à déballer son cheeseburger et sans le quitter des yeux « je ne pouvais plus rester... », « Tu avais un problème d'appartement ? de... » avant que j'émette une autre hypothèse, elle se tourne légèrement vers moi sans pour autant me regarder « non, il y avait une personne qui me manquait trop... ».

    Il y avait toujours eu une ambiguïté entre nous : je la sentais très proche de moi pourtant elle parlait toujours de son copain, comme pour me mettre à distance.

    « C'est ton copain qui doit être content de cette décision » en passant que ce retour était un peu du gâchis compte tenu du potentiel de ma voisine de tabouret. Je ne sais pas combien de temps je reste à regarder le vide derrière la vitre avant de m'apercevoir que Laura a posé son cheese. C'est son immobilité mais surtout l'énergie que je ressens chez elle qui me fait tourner la tête. D'abord, je regarde ses mains avant de remonter vers son visage ; ses yeux sont rouges. Dans un souffle : « c'est pour toi que je suis revenue... ».

    Nous sommes le 27 décembre, le Père Noël vient de passer avec 2 jours de retard.


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  • Le réveil vient de sonner. Les yeux de mon chien sont remplis de sommeil. Les deux premières minutes sont les plus difficiles. Les pieds posés sur la moquette, impossible de revenir en arrière. Qui sait à quelle heure cette journée se terminera. En premier la douche qui me permet de mettre mes yeux en face des trous, puis le petit-déjeuner. Les tartines ne m'inspirent pas. Pourtant il faut prendre des forces. Dehors la nuit est claire. Le faible halot des lampadaires permet de profiter de la beauté du ciel étoilé. C'est un luxe qui n'est pas permis dans nos métropoles polluées de lumière, où les cieux sont noirs chacune de nos nuits. Mon chien lève mollement la patte pour satisfaire ses besoins. Il montre moins d'enthousiasme pour cette sortie que d'habitude. L'heure doit y être pour quelque chose. Peut-être sent-il que je ne suis pas vraiment avec lui. Mes pensées sont déjà dans la course. Mentalement, je refais l'inventaire du sac à dos : crampons, mousquetons, broches à glace, sangles... Où est mon casque ? Les bâtons sont dans le coffre. L'heure approche. Il faut d'abord que je rejoigne mon compagnon de cordée un peu plus bas dans la vallée. Nous allons utiliser mon Land pour atteindre le départ de la course. Il nous permet de gagner une nuit en refuge tout en rajoutant 300 mêtres de déniveler positive mais également de faire grimper ses clients sur une seule journée. La route est déserte. Je roule vitre ouverte pour profiter de la fraîcheur de la nuit. La météo a prévu de la canicule. La descente du dernier glacier risque d'être Rock'n roll. Au retour de la balade, à peine le temps de fermer mon sac que le chien s'est endormi dans le lit à ma place. A l'heure qu'il est, seul sur l'asphalte tourmenté, je l'envie.

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