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    Ma vie, mes pensées me ramènent toujours vers un même lieu. Ce village n'est pas vraiment beau. C'est plus exactement une station de ski. A quelles dizaines de kilomètres il y en a des plus réputées, des plus grandes, des plus belles. Pourtant je suis attiré par elle. En y réfléchissant bien, une région de ce beau pays représente l'axe de vie de mon existence de ses six dernières années. La banlieue noire, cette banlieue froide qui m'a vu grandir est bien loin de ces paysages rocheux, de ces vallées couvertes de conifères, de ces glaciers tombant à nos pieds.

    Derrière les vitres, les arbres étirent leur hombre sur le sol gelé. Ils seront bientôt poudrés de blanc.

    Au programme des 24 prochaines heures : un peu de train et beaucoup d'avion pour aller à l'opposé de l'endroit où je souhaiterai être... Malgré cela, je repars...


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  •  Kathy et ses trois clientes chargent leurs affaires dans le Land. Il est 3h45 du matin. Nous partons pour une heure trente de chemin d'exploitation et de cailloux. Objectif : se rapprocher au maximum d'un col qui nous permettra de commencer la marche avant le levé du jour. La piste dans les arbres laisse place à la vallée d'altitude du domaine skiable. La nuit est toujours aussi claire. Des ombres inquiétantes se lèvent devant nous. Ces géants de métal  peuplent les pentes douces que nous parcourons. La terre cède du terrain sur les cailloux. La pente est de plus en plus forte au point d'utiliser le différentiel. A l'arrière, tout le monde dort malgré les secousses. Kathy regarde par la portière le vide que nous surplombons. Les lumières de la station disparaissent derrière un pan de montagne. Nous sommes seuls. On peut deviner des frontales un peu plus haut. Au détour d'un virage, nous tombons sur un névé qui obstrue la route. Impossible d'aller plus loin. En marche arrière je rejoins la plateforme 50 mètres plus bas. Seconde contrariée de la journée, la première étant le son du réveil... Il va falloir marcher trente minutes de plus que prévu. Nous nous équipons en vérifiant que nous n'oublions rien. Les filles partent en premier. Je pars quelques minutes derrières elles. Nous rejoignons le départ en 35 minutes. Nous n'aurions mis que 10 minutes si la route avait été libre. Une heure plus tard nous sommes encordés sur le glacier, crampons aux pieds. La dureté de la neige nous permet de progresser rapidement. Je ferme la marche. Les crevasses sont faiblement ouvertes. Le soleil se lève.

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  • Je ne sais pas depuis combien de temps ils sont là : ils dorment tous dans leurs voitures quand j'arrive sur le parking. Le bruit du moteur ou les phares réveillent mon Guide favori ; je devrai dire Ma Guide favorite, puisque il s'agit d'une femme. Anglaise de surcroît. Il y a très peu de temps que nous nous revoyions. Notre première rencontre date des années 80, à l'autre bout de la France, dans un camping près de Royan. Mon père n'avait qu'une envie : me faire travailler mon foncier. Je n'avais qu'une envie : faire le pitre avec mon BMX pour charmer les minettes du camping. En rencontrant Kathy, j'ai vite tout laissé tombé : le vélo de route avec mon pére, la frime avec mon GT. Bas les masques. Nous avions 12 et 14 ans. Nous avons passé trois semaines ensemble. Jamais nous ne nous sommes embrassées. Kathy est repartie. Nous nous sommes écris souvent. Les mois sont passés, les années. Les lettres ont été moins fréquentes puis ont disparues. Nous n'avions pas la chance d'être à l'ère internet. Janvier 2004 : une station branchée mais authentique de Savoie. Troisième magasin dont je passe la porte à la recherche désespérée de broches à glace. Il en faut seulement trois de plus pour faire la voie qui m'intéresse. A part des fringues pour le ski, les planches et les chaussures rien de technique. Pourtant c'est le magasin qui abritait avant les Guides de Hautes Montagnes. Je comprends mieux pourquoi ils sont partis. Un espoir renaît quand j'aperçois une vitrine dans laquelle trônent deux mousquetons et un piolet. C'est une scène digne d'un samedi après-midi aux Galeries Lafayette. Comment trouver dans cette foule de touristes encombrés de sac un vendeur ? Une jeune femme se dirige vers moi.. C'est une vendeuse ? Non, sûrement pas compte-tenu de la façon dont elle est habillée. Elle me sourit. Panique : je la connais ? Non... Si si...Aahh... Zut sa tête me dit quelque chose... Avec l'accent anglais le plus sexy que je connaisse elle me dit « Il n'y a pas de broches non plus ici... ». Ca y est : c'est la femme du premier magasin... Je ne suis pas plus avancé. Blanc. Elle enchaîne qu'elle est très embêtée car elle avait prévu de faire une cascade de glace demain, qu'elle n'a pas de voiture pour descendre à Bourg et que de toute façon il neige de plus en plus : elle n'aurait jamais osé y aller toute seule. Je lui explique que je suis dans la même situation mais compte-tenu de l'heure je vais descendre dans la vallée ; elle a juste à me dire le nombre, la marque et les dimensions qu'elle souhaite que je lui ramène. Nous aurons juste à nous donner rendez-vous dans un bar plus tard pour lui donner le précieux matériel. Blanc. Il y a trop de bruit autour de nous pour entendre le vol des mouches. « Ok, mais je viens avec vous ». Dehors il y a dix centimètres de poudreuse sur la route. Le temps de repasser chez moi prendre les clés, un thermos de thé et nous voilà sur la route de la vallée. Le chasse-neige n'est pas encore passé. Durant dix kilomètres nous sommes tout seul. Je lui demande depuis combien de temps elle est Guide, les raisons qui l'ont poussées à faire  ce métier, pourquoi la France... Elle me raconte qu'elle connaît la France depuis qu'elle a 12 ans. Qu'elle a adoré Que pendant cinq ans qu'ils sont retournés chaque été au même endroit sur les bords de l'atlantique. Qu'à ses vingt ans elle est partie avec ses copines à la montagne : ça a été la révélation. Silence. Quoique tout soit relatif avec le bruit du frein moteur en direct live dans les oreilles. Naïvement je renchéris : « j'adore l'atlantique l'été : où alliez-vous ? ». Elle me regarde avec un grand sourire «  Do you know Royan, near Arcachon ? ». Pour rétrograder, je fais craquer la troisième (j'ai oublié de débrailler). Cela a pour effet de transmettre un franc ralentissement aux quatre roues qui, en se bloquant, met en travers le Land. Contre-braquage, frein : j'immobilise le tracteur dans le sens inverse de notre route. « Euh pardon Kathy... Vous avez dit Royan... ? » sur le ton de la plaisanterie je rajoute «  Vous faisiez du camping près de l'aérodrome... ». Avant même qu'elle ait commencé sa phrase, mon esprit ressort dont on sait où le souvenir d'un visage oublié durant tant d'année. « Oui un camping très sympa dont je garderai une rencontre... ». Elle stoppe sa phrase. J'essaie d'éviter son regard pour qu'elle ne s'aperçoive pas de mon trouble en m'activant à remettre le Land dans la bonne direction. « Dan ? » « Oui ? »...

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  • C'est l'heure où le soleil m'est le feu au ciel.
    Où la terre devient noire,
    Où les églises se parent de rose.

    C'est l'heure où les terrasses se remplissent,
    Où les bougies s'allument,
    Où les amoureux s'enlassent.

    C'est l'heure où j'aimarais être près de toi,
    Où tes mains dans mes mains,
    Où ta peau contre ma peau,

    Arrêteraient le temps,
    Le temps d'un instant...


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  • Souviens-toi de cet océan de bleu.
    Souviens-toi de ce rocher noir au milieu...


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